Diversité des coutumes de Noël en Grèce

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Fidèles à notre philosophie de vous faire découvrir intimement la Grèce, nous souhaitons vous faire découvrir les différentes facettes du Noël Grec, aux rites et coutumes si variés selon les régions. Archipel des sept îles en mer Ionienne, Crète, Macédoine, Thessalie, Thrace, Epire, Cyclades… Embarquez pour un parcours à travers le pays.

Rites et coutumes de Noël existent par dizaines en Grèce. Ils sont généralement l’héritage et le mariage de plusieurs traditions ayant traversé l’histoire. Parfois nées dans la Grèce antique, puis adaptées par les Byzantins et conservées (et souvent dissimulées) pendant les 400 ans de domination Ottomane, ces coutumes sont encore très vivantes aujourd’hui et ont donc pour certaines plus de 2500 d’âge !

En effet l’empire Byzantin, pour ancrer le christianisme, tout comme il utilisa les marbres des temples antiques pour construire nombre de chapelles, s’appropria un grand nombre de mythes antiques de la période du solstice d’hiver et, pour ne pas heurter les populations locales, se contenta de les transformer et de les adapter au christianisme naissant.

Beaucoup de ces rites et coutumes ont une forte coloration agricole et reflètent les angoisses des cultivateurs, des éleveurs ou pêcheurs au cœur de l’hiver au moment où les jours sont les plus courts, où les réserves de nourritures commencent à baisser et où on doit préparer le printemps. Ainsi la symbolique fait la part belle à la lumière (le feu) qui resurgira, à la nature (graines, oiseaux) qui se réveillera, à la fécondité, gage de continuité de la vie.

Dans nos précédents articles, nous avons mis l’accent sur des traditions communément observées en Grèce ou des légendes, comme ces drôles de petits gobelins, les kallikantzaroi qui pendant les 12 jours qui séparent Noël de l’Épiphanie viennent perturber les Grecs.

Dans cet article, nous allons nous attacher à découvrir les particularités régionales autour de la fabrication du pain du Christ, ou pain de Noël, appelé aussi ‘christopsomo’ (χριστοψωμο) ou ‘kouloura’, et d’autres coutumes très locales.

Cartes des régions traditionnelles de Grèce
Cartes des régions traditionnelles de Grèce

Le pain de Noël, Kouloura, à Kefalonia et à Zakinthos (archipel des sept îles, mer Ionienne)

Toute la famille se réunit dans la maison du membre le plus âgé de la famille. Sur le sol, on dispose trois flambeaux et le grand gâteau rond : le Kouloura. Dans cet archipel, la recette fait la part belle aux herbes, à l’huile, au vin et au raisin.

A Kefalonia, chacun se presse en cercle autour au pain, la main droite sur le Kouloura. La mère de famille chante alors la naissance du Christ, jette de l’huile sur les torches pour faire jaillir la lumière et coupe le Kouloura qui sera mangé par chaque membre de la famille.

A Zakinthos, le chef de famille prend le pain puis l’emmène devant l’âtre de la cheminée. Chaque membre de la famille pose alors sa main droite sur le Kouloura, et le chef de famille verse dans un puits laissé en son centre un mélange d’huile et de vin rouge. La maîtresse de maison répand de l’encens dans toute la maison. Le plus jeune de la famille est accompagné pour tirer un coup de feu par la fenêtre avec l’arme familiale (généralement celle du chef de famille le plus âgé) pour annoncer la naissance du Christ. Toute la famille peut alors revenir à table pour partager la Kouloura. Une part est mise de côté pour le Christ, une autre pour le pauvre et enfin une troisième pour la maison. Ensuite les membres de la famille se partagent le pain et consomment le repas traditionnel de Noël à Zakinthos : soupe de brocolis aux olives et oignons.

Le pain du Christ en Crète

Sommets enneigés en CrèteLa fabrication du pain du Christ (χριστοψωμο) s’exécute sur la grande île avec une recette différente avec beaucoup d’ingrédients chers sur cette terre difficile à cultiver et beaucoup d’épices : une farine blanche et fine, de la girofle de la cannelle, de l’eau de rose, du miel et du sésame. Lors de la préparation de la pâte, la moitié sert alors à confectionner la grande miche ronde et l’autre moitié est utilisée pour former une croix qui sera mise sur le dessus. Au milieu de la croix on insert une noix entière et sur le reste du pain on dessine au couteau ou à la fourchette des fleurs, des feuilles, des fruits et des oiseaux symbolisant la renaissance attendue.

Le mariage des bois à Edessa (Nord Ouest de la Macédoine) et en Thessalie

A Edessa, la tradition du mariage des bois remonte à l’antiquité et consiste à marier dans l’âtre de la cheminée un bois d’origine d’arbre au nom féminin et un d’un arbre au nom masculin. De la couleur et la puissance du feu issu de ces bois mélangés on prévoit les futures conditions météorologiques et la qualité de la récolte.

En Thessalie, on demande aux jeunes gens de la maison de ramener pour le soir de Noël du bois d’un arbre au nom féminin et d’un arbre au nom masculin. Là encore, on fait se marier les bois dans la cheminée. La bûche consumée en premier prédit lequel des jeunes gens ayant apporté du bois sera le prochain à se marier.

Le bois du Christ en Macédoine

La tradition consiste à totalement nettoyer la maison et notamment la cheminée pour qu’il ne reste aucune trace de cendres, brindilles, charbons de l’année écoulée. Quelques jours avant Noël, on cherche alors la plus grande bûche possible qu’on place dans l’âtre de la cheminée et qu’on devra faire brûler sans arrêt pendant les 12 jours qui séparent Noël de l’Épiphanie. La tradition veut aussi que ce feu continu empêche les mauvais esprits et notamment les kallikantzaroi de s’introduire dans la maison par la cheminée.

Les Momogeri de Drama et les Ragoutsaria de Kastoria et Kozani

Cette tradition a été apportée dans la région de Drama (en Thrace, au Nord-Est du pays)  par les réfugiés pontiques. Les pontiques sont les Grecs de la mer noire qui ont fuit la Turquie à partir de 1915 et surtout 1923 suite au traité d’échange de population Grèce-Turquie.

Le terme Momogeri provient de « prendre la forme des vieux ». Les hommes portent des peaux de loups ou de boucs, de fausses barbes, des cloches à la ceinture et des épées. Ils partent alors de maison en maison pendant les 12 jours des fêtes pour présenter leurs vœux aux habitants. Lorsque deux équipes se rencontrent, ils doivent mimer une fausse guerre qui se conclut bien entendu par des chants et des échanges de vœux pour la nouvelle année.

Le terme Momogeri est remplacé par Ragoutsaria à Kozani et Kastoria (Grèce centrale du Nord).

Le houx et le laurier allumé à Arta et Ioannina (Epire)

Symbolisant les bergers de la crèche cherchant du feu pour s’éclairer, les habitants de Arta vont de maison en maison en parcourant la campagne avec des branchages de houx enflammés pour apporter la lumière à la maison suivante.

A Ioannina, la tradition est similaire à la différence que le houx, ou parfois le laurier, est jeté dans la cheminée pour sécher puis s’enflammer. Et lorsque les premières étincelles surgissent des feuilles asséchées alors toute la maison se doit de crier : « Agneaux, chevreaux, mariées et mariés !  » pour attirer prospérité et fécondité a la maison.

Le Kavos  de Tripotamos à Tinos (Cyclades)

Village de TripotamosLe petit village de Tripotamos, sur l’île de Tinos dans les Cyclades, est le théâtre d’un rite de Noël qui puise ses racines jusque dans l’antiquité. A tour de rôle (l’ordre est d’ailleurs déterminé plusieurs dizaines d’année à l’avance !), à Noël, un membre d’une famille du village devient le détenteur d’une lumière qui ne doit pas s’éteindre jusqu’à sa prochaine transmission, 365 jours plus tard. Il doit apporter dans chaque maison du village la lumière, et les 12 jours de fêtes se concluent par un repas dont chaque met symbolise à la fois ses vœux et les choses dont on souhaite se protéger pour la nouvelle année.

Le Kavos de Tripotamos résume à lui seul la complexité des symboles et la profondeur des racines des rites et coutumes en Grèce pour Noël. Nous reviendrons d’ailleurs sur ce rite dans un article dédié.

Sources :