L’île de Kastellorizo

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Connaissez-vous Kastellorizo, ce confetti du territoire Grec situé plus proche de Beyrouth que d’Athènes?

À la fois symbole pour la Grèce et condensé de l’histoire agitée que connurent les îles de l’Egée, Kastellorizo (Καστελλόριζο) est un morceau de terre oublié, méconnu du grand public mais qui mérite le voyage pour chaque Philhellène ou chaque citoyen Grec, un peu comme on y ferait un pèlerinage.

Cette île, petite par la taille (9 km2 et 490 habitants), a en effet connu une grande histoire. Colonisée par les Mycéniens aux environs de 1200 avant JC, elle constitue au IVème siècle avant JC un dème (circonscription administrative) rattaché au Pirée puis à Rhodes. Elle intègre ensuite le monde Romain en 146 avant JC. Suite à la christianisation de l’Empire Romain d’Orient, on y construisit un monastère Byzantin au VIème siècle, mais l’île est pillée par les Arabes et sa population déportée en esclavage à six reprises en 70 ans au cours du VIIe siècle. Tour à tour possession des Turcs, des Croisés, des Chevaliers de l’ordre de Saint-Jean, des Napolitains, des Vénitiens, ce n’est qu’avec la domination Ottomane à la fin du XVIIe siècle que l’île retrouve la stabilité. À la guerre d’indépendance Grecque de 1821, les indépendantistes sont déportées par les Ottomans. Après avoir occupé l’île, les Italiens en obtiennent la souveraineté à la faveur du traité d’Ouchy et l’intègrent à leurs possessions du Dodécanèse.

Lors de la première guerre mondiale, de 1915 à 1921, l’île est occupée par la France avant d’être vendue à l’Italie. Cette occupation fait encore aujourd’hui le bonheur des philatélistes qui recherchent les rares timbres de la Poste Française édités pour Kastellorizo. De 1921 à 1947, l’île réintègre les possessions du Dodécanèse de l’Italie et ce n’est qu’en 1947, après de multiples péripéties, qu’elle rejoint sa mère patrie, la Grèce.

La tranquillité et la grandeur de la rade font que, à la fin des années 20, certaines grandes compagnies de l’aviation naissante choisissent Kastellorizo (ou Castelrosso de son nom Italien de l’époque) comme escale pour les hydravions géants en partance pour L’Orient ou les Indes. Ainsi, on peut aujourd’hui observer sur les planisphères d’Air France ce petit port du bout du monde comme escale des hydravions emmenant ses passagers de France vers l’Indochine ! L’île disposait à l’époque d’agences aériennes et d’hôtels pour loger les passagers pour une ou plusieurs nuits, car parfois le mauvais temps obligeait les hydravions à allonger la durée d’escale. À cette période, l’île atteint son apogée avec environ 15000 habitants comptant sur une forte activité commerciale et sur la pêche d’éponge. Les séismes, la fin des hydravions et la deuxième guerre mondiale obligeront les habitants à s’expatrier (principalement en Australie) et la population de l’île se réduira à 250 habitants à la fin des années 60.

L’île n’est habitée que sur une petite partie de sa surface, uniquement autour du port et du petit hameau de Mandraki situé de l’autre côté des ruines du Kastro. Le long des quais se blottissent des maisons étroites de deux étages aux tons pastels de style typiquement néoclassique : stucs, frontons triangulaires à l’antique, bordures de toit en feuilles d’acanthe. Le tout figure un décor de théâtre ou de maisons de poupées. Le calme des lieux n’est troublé que par les rares bateaux desservant l’île ou le moteur du seul taxi dont elle dispose.

Kastellorizo est un symbole de l’histoire et de la fierté Grecques : petit bout de terre de 9km2 et et de moins de 500 habitants, située le long des côtes Turques dont elle n’est distante que de 7 kms, éloignée de plus de 130km du territoire Grec le plus proche, elle est parvenue à conserver son hellénisme et redevenir Grecque après une histoire très mouvementée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le 23 Avril 2010 le premier ministre de l’époque avait choisi l’île pour s’adresser à la Nation et lui annoncer qu’il demandait l’aide du FMI et de l’Europe, symbolisant par là même que malgré ces nouvelles vicissitudes de l’histoire, la Grèce traverserait cette période en conservant sa culture et son identité.

On peut flâner sur les quais, découvrir l’architecture spécifique de l’île, se rendre sur le plateau de Agios Giorgios où furent découvertes des tombes du IVème siècle richement dotées, demander à un pêcheur de vous emmener en barque visiter la grotte bleue. Kastellorizo est un endroit rare, protégé, offrant quiétude, tranquillité et des rencontres avec des habitants accueillants et attachants.

Rejoindre Megisti (l’autre nom Grec de Kastelorizo) se mérite : en partant du Pirée, après environ 24 heures de bateau (!), vous entrerez dans la rade du seul port de cette île-rocher et observerez ses eaux calmes au bleu profond comme le faisaient les voyageurs en hydravion de l’entre-deux-guerres. Bien entendu, il existe des moyens plus rapides en conjuguant avion et/ou bateaux rapides via Rhodes, mais il est vrai que se laisser le temps d’aborder l’île après avoir touché une petite dizaine de ports du Dodécanèse ajoute à la magie du voyage à Kastellorizo.

Cet article a été écrit par La Grèce Autrement et est paru dans le magazine bilingue franco-grec AB (Actualité Bilingue) en Septembre 2016. Il avait à cette occasion été traduit en Grec moderne. La publication était accompagné de 2 bandes sons, l’une en Français et l’autre en Grec, offrant par là-même un magnifique outil d’apprentissage de la langue Grecque. 

Sources / références :

  • Carte situant Kastellorizo : Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kastell%C3%B3rizo#/media/File:Kastelorizo.svg
  • Photo de l’époque des hydravions issue de la bibliothèque numérique de la BNF, Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69455875