Ithaque, un poème de Constantin Cavafis

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Cette semaine nous souhaitons partager avec vous un de nos poèmes Grecs préférés. Il s’agit du poème Ithaque écrit par Constantin Cavafis (Κωνσταντίνος Καβάφης, 1863-1933).

Bien entendu, vous l’avez tous compris, le titre du poème fait référence à la célèbre île de la mer Ionienne dont le héros mythologique Ulysse était originaire. Dans l’œuvre d’Homère, l’Odyssée, Ulysse, de retour de la guerre de Troie, ne cesse de chercher à rejoindre Ithaque où l’attend patiemment Pénélope.

Cavafis écrit ce poème en 1911 à l’époque où il est revenu à Alexandrie après avoir vécu à Liverpool puis à Constantinople. Dans son poème, contrairement à l’œuvre épique d’Homère, Constantin Cavafis fait d’Ithaque, non pas un but en soi, mais le prétexte d’un long voyage initiatique pour soi-même. Ainsi Cavafis décrit dans une langue très musicale et pleine de sensibilité ce voyage dont on doit attendre beaucoup et en tous cas beaucoup plus que l’atteinte de la destination elle-même.  D’ailleurs le poète nous prévient : il ne faut pas être déçu d’Ithaque et surtout ne pas écourter le voyage qui nous apportera la richesse. L’important est donc de découvrir et de s’enrichir de toutes les expériences et connaissances que nous apporte le chemin vers Ithaque.

Souhaite que le chemin soit long…

Chaque strophe de ce poème est une ode au voyage qui stimule nos sens et construit notre personnalité. Les vers du poète parviennent parfaitement à décrire les impressions liées aux découvertes culturelles, personnelles, sensorielles. Le chemin de vie devient une sorte de cabotage dont on fera l’éloge de la lenteur.

Constantin Cavafis
Constantin Cavafis

Constantin Cavafis est né en 1863 dans une riche famille de la diaspora Grecque d’Alexandrie en Egypte. Très jeune, à 7 ans, il perd son père et sa famille part s’installer à Liverpool. Toute sa vie, il restera marqué par l’influence de la littérature Anglaise. En 1879, la famille Cavafis est ruinée et repart s’installer à Alexandrie avant de gagner 3 ans plus tard Constantinople d’où sont originaires ses familles maternelles et paternelles. En 1885, il revient s’installer à Alexandrie. Il n’a alors que 22 ans et devient employé dans un ministère. Il réalise la plus grande partie de son œuvre après le tournant du siècle lorsqu’il dépasse les 40 ans. Il multiplie alors les aller retours vers Athènes où il se fait connaitre timidement. La grande catastrophe de 1922 suite à la guerre gréco-turque conduit à un échange de population entre les deux  belligérants ce qui va pousser rapidement à une petite révolution artistique et l’émergence de nombreux courants modernistes. Comme pour la musique et les chants au travers du rebetiko, la littérature et la poésie sont profondément influencées par cette sorte de nouvelle vague et le courant poétique Grec évolue drastiquement avec l’émergence d’une nouvelle génération de poètes qui puisent leur inspiration dans les œuvres, alors méconnues, de Cavafis. La riche œuvre du poète sort timidement de l’ombre moins de 10 ans avant sa mort et surtout après son décès en 1933. Aucun recueil de poèmes n’aura été publié de son vivant.

Ithaque, Constantin Cavafis

Ιθάκη

Σὰ βγεῖς στὸν πηγαιμὸ γιὰ τὴν Ἰθάκη,
νὰ εὔχεσαι νἆναι μακρὺς ὁ δρόμος,
γεμάτος περιπέτειες, γεμάτος γνώσεις.

Ithaque

Quand tu partiras pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,
riche en péripéties et en expériences.

Τοὺς Λαιστρυγόνας καὶ τοὺς Κύκλωπας,
τὸν θυμωμένο Ποσειδῶνα μὴ φοβᾶσαι,
τέτοια στὸν δρόμο σου ποτέ σου δὲν θὰ βρεῖς,
ἂν μέν᾿ ἡ σκέψις σου ὑψηλή, ἂν ἐκλεκτὴ
συγκίνησις τὸ πνεῦμα καὶ τὸ σῶμα σου ἀγγίζει.
Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes,
si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
que par des émotions sans bassesse.
Τοὺς Λαιστρυγόνας καὶ τοὺς Κύκλωπας,
τὸν ἄγριο Ποσειδώνα δὲν θὰ συναντήσεις,
ἂν δὲν τοὺς κουβανεῖς μὲς στὴν ψυχή σου,
ἂν ἡ ψυχή σου δὲν τοὺς στήνει ἐμπρός σου.
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni le farouche Neptune,
si tu ne les portes pas en toi-même,
si ton cœur ne les dresse pas devant toi.
Νὰ εὔχεσαι νά ῾ναι μακρὺς ὁ δρόμος.
Πολλὰ τὰ καλοκαιρινὰ πρωϊὰ νὰ εἶναι
ποὺ μὲ τί εὐχαρίστηση, μὲ τί χαρὰ
θὰ μπαίνεις σὲ λιμένας πρωτοειδωμένους·
Souhaite que le chemin soit long,
que nombreux soient les matins d’été,
où (avec quelles délices !) tu pénètreras
dans des ports vus pour la première fois.
Νὰ σταματήσεις σ᾿ ἐμπορεῖα Φοινικικά,
καὶ τὲς καλὲς πραγμάτειες ν᾿ ἀποκτήσεις,
σεντέφια καὶ κοράλλια, κεχριμπάρια κ᾿ ἔβενους,
καὶ ἡδονικὰ μυρωδικὰ κάθε λογῆς,
ὅσο μπορεῖς πιὸ ἄφθονα ἡδονικὰ μυρωδικά.
Fais escale à des comptoirs Phéniciens,
et acquiers de belles marchandises :
nacre et corail, ambre et ébène,
et mille sortes d’entêtants parfums.
Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums.
Σὲ πόλεις Αἰγυπτιακὲς πολλὲς νὰ πᾷς,
νὰ μάθεις καὶ νὰ μάθεις ἀπ᾿ τοὺς σπουδασμένους.
Πάντα στὸ νοῦ σου νἄχῃς τὴν Ἰθάκη.
Τὸ φθάσιμον ἐκεῖ εἶν᾿ ὁ προορισμός σου.
Visite de nombreuses cités égyptiennes,
et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.
Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit.
Ton but final est d’y parvenir.
Ἀλλὰ μὴ βιάζῃς τὸ ταξείδι διόλου.
Καλλίτερα χρόνια πολλὰ νὰ διαρκέσει.
Καὶ γέρος πιὰ ν᾿ ἀράξῃς στὸ νησί,
πλούσιος μὲ ὅσα κέρδισες στὸν δρόμο,
μὴ προσδοκώντας πλούτη νὰ σὲ δώσῃ ἡ Ἰθάκη.
Mais n’écourte pas ton voyage :
mieux vaut qu’il dure de longues années,
et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse,
riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
sans attendre qu’Ithaque t’enrichisse.
Ἡ Ἰθάκη σ᾿ ἔδωσε τ᾿ ὡραῖο ταξίδι.
Χωρὶς αὐτὴν δὲν θἄβγαινες στὸν δρόμο.
Ἄλλα δὲν ἔχει νὰ σὲ δώσει πιά.
Ithaque t’a donné le beau voyage :
sans elle, tu ne te serais pas mis en route.
Elle n’a plus rien d’autre à te donner.
Κι ἂν πτωχικὴ τὴν βρῇς, ἡ Ἰθάκη δὲν σὲ γέλασε.
Ἔτσι σοφὸς ποὺ ἔγινες, μὲ τόση πείρα,
ἤδη θὰ τὸ κατάλαβες ᾑ Ἰθάκες τί σημαίνουν.
Même si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t’a pas trompé.
Sage comme tu l’es devenu à la suite de tant d’expériences,
tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.

 

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