Frangosiriani, un des hymnes du Rebetiko

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Aujourd’hui La Grèce Autrement souhaite partager avec vous un des hymnes du rebetiko, cette forme de musique populaire Grecque « inventée » dans les années 1920, contestée, interdite et aujourd’hui totalement réhabilitée avec son classement au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. L’auteur de cette chanson, Markos Vamvakaris, est considéré comme un des inventeurs de cette musique. Auteur, compositeur et interprète, il fut en effet parmi les premiers qui, dans les bars chargés de fumée et de vapeurs d’alcool du Pirée, inventa ce mouvement musical qui chante le plus souvent la nostalgie du paradis perdu ou les amours impossibles.

Cette chanson, Frangosiriani (Φραγκοσυριανή), a été écrite en 1932 au début de la période dite « classique » du rebetiko qui couvre la décennie 1932-1942. Cette période succède à la période dite « période de Smyrne » qui dans la décennie précédente a vu éclore le genre suite à l’arrivée massive des réfugiés Grecs d’Anatolie après la catastrophe micrasiate et l’incendie de Smyrne en 1922.

Le titre de la chanson est en réalité une expression issue de l’île de Syros, dans les Cyclades, d’où Markos Vamvakaris est originaire. Markos Vamvakaris est né sur l’île chef lieu des Cyclades dans le village d’Ano-Syros, agglomération catholique historique de l’île. Le surnom donné aux habitants catholiques était «  frangos » (Φράγκος), « franc », et témoigne du soutien de la France à la communauté catholique sur l’île de Syros. Le terme Frangosiriani est le surnom donné à une jeune femme catholique de Syros à laquelle Markos Vamvakaris s’adresse au travers de sa chanson.

Le port de Syros, vu d'Ano Syros
Le port de Syros, vu d’Ano Syros

Les paroles de la chanson témoignent pleinement de l’évolution en profondeur du genre rebetiko. En effet, dans la période classique, et plus encore à partir de 1935-1936, la répression et la censure conduisent les auteurs de rebetiko à retirer des chansons toute référence à la drogue, l’alcool, ou aux comportements jugés déviants par les autorités de l’époque (n’oublions pas qu’à partir de 1936 la Grèce va connaitre une période de dictature sous l’impulsion du Général Metaxas). Ainsi Frangosiriani chante une déclaration d’amour sous forme d’une balade sur l’île au cours de laquelle l’auteur rêve de retourner dans ses endroits préférés avec la jeune catholique. Certains analysent aussi la chanson comme une déclaration d’amour à l’île de Syros elle-même, Frangosiriani personnifiant Syros la Catholique plutôt qu’une jeune femme. L’auteur rêverait ainsi de retourner sur les traces de son enfance, de retrouver « son » île, de la prendre dans ses bras et de l’embrasser à la faveur d’une balade de village en village dont on retrouve les noms dans la chanson. Par le titre et le nom donné à la chanson, il réaffirme ses origines à la fois syriote et catholique.

Le village d'Ano Syros et la cathédrale catholique
Le village d’Ano Syros et la cathédrale catholique

Markos Vamvakaris vit donc le jour à Syros en 1905 dans une famille catholique pauvre d’Ano Syros. A cette époque, la séparation géographique et sociétale des catholiques et orthodoxes sur l’île était encore très prégnante. Le « miracle » économique de Syros de la seconde moitié du XIXème siecle a créé d’un côté une classe dirigeante d’industriels, de commerçants et d’armateurs pour l’essentiel issus des réfugiés installés sur l’île après les massacres de Chios (1822) et de l’autre une classe ouvrière et paysanne essentiellement catholique et historiquement installée sur l’île, créant ainsi un antagonisme important entre les deux communautés. Markos Vamvakaris quitta Syros dès l’âge de 12 ans pour travailler dans une fabrique de couteaux au Pirée. Il fut plus tard rejoint par sa famille qui à son tour quitta l’île pour le grand port d’Athènes.

Une ruelle du village d'Ano Syros
Une ruelle du village d’Ano Syros

A l’adolescence, puis en tant que jeune adulte, Markos Vamvakaris appris le bouzouki. A la faveur de l’installation des réfugiés micrasiates à partir de 1922, il fréquente assidûment les bars interlopes du Pirée où il participe à la formation du fameux quartet du Pirée avec Stratos Pagioumtzis, Anestis Delias et Giorgos Batis. Il publie ses premières chansons en disque au milieu des années 30, dont Frangosiriani, qui reste aujourd’hui sa chanson la plus connue. Progressivement, avec la censure, il fit disparaître de ses chansons les références au haschich et à la vie dans les bas-fonds du Pirée. En rupture avec sa communauté religieuse d’origine, il se maria deux fois, la seconde fois avec une orthodoxe et fut ainsi excommunié par l’église catholique qui le considérait comme bigame. Après la seconde guerre mondiale, l’évolution des genres musicaux et des problèmes d’arthrite lui firent quitter la scène musicale Grecque. A la faveur des années 1960 et du renouveau du rebetiko dont la renommée commençait à franchir les frontières Grecques, il enregistra de nouveaux titres avant de s’éteindre en 1972.

Paroles de la chanson :

Φραγκοσυριανή

Μία φούντωση, μια φλόγα
έχω μέσα στην καρδιά
λες και μάγια μου `χεις κάνει
Φραγκοσυριανή γλυκιά
λες και μάγια μου `χεις κάνει

Φραγκοσυριανή γλυκιάΘα `ρθω να σε ανταμώσω
κάτω στην ακρογιαλιά
Θα ήθελα να mε χορτάσeis
όλο χάδια και φιλιά
Θα ήθελα να mε χορτάσeis
όλο χάδια και φιλιά

Θα σε πάρω να γυρίσω
Φοίνικα, Παρακοπή
Γαλησσά και Nτελαγκράτσια
και ας μου `ρθει συγκοπή
Γαλησσά και Nτελαγκράτσια
και ας μου `ρθει συγκοπή

Στο Πατέλι, στο Nυχώρι
φίνα στην Αληθινή
και στο Πισκοπιό ρομάντζα
γλυκιά μου Φραγκοσυριανή
και στο Πισκοπιό ρομάντζα
γλυκιά μου Φραγκοσυριανή

Frangosiriani

Une étincelle, une flamme
que j’ai dans mon cœur
comme si tu m’avais ensorcelée
douce Frangosiriani
comme si tu m’avais ensorcelée
douce Frangosiriani

Je viendrai te rencontrer
en bas sur le bord de mer
Je voudrais que tu me rassasies
de caresses et de baisers
Je voudrais que tu me rassasies
de caresses et de baisers

Je te prendrai pour faire un tour
à Finika, à Parakopi
à Galissa et à Delagrazia
même si mon coeur s’arrête
à Galissa et à Delagrazia
même si mon coeur s’arrête

À Pateli, à Nichori
nous serons bien à Alitini
et (nous vivrons) une romance à Piskopio
ma douce Frangosiriani
et (nous vivrons) une romance à Piskopio
ma douce Frangosiriani

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